← Dossiers · Application sur-mesure
Une borne d'écoute sans réseau — le logiciel du Pavillon des radiophoniques, développé avec l'IA, sans IA dedans
Janvier 2024 : développer le logiciel d'une borne d'écoute littéraire 100 % hors ligne pour la Compagnie Maâloum. Développé avec l'IA, sans IA dedans.
Publié le
Sommaire
Janvier 2024. La Compagnie Maâloum (Avignon, littérature & musique) prépare le Pavillon des radiophoniques : un salon d’écoute nomade dessiné par la designer matali crasset, qui s’installera en bibliothèque, sur une place de marché, dans un musée ou un EHPAD. Il leur faut le cerveau numérique de la « boîte d’écoute ». C’est un de mes premiers projets menés en développement assisté par IA — sous ma marque de l’époque, One Day, devenue Oramus.
Ce qu’on trouve en arrivant
Un cahier des charges d’apparence simple, et des contraintes de terrain bien réelles :
- un mini-PC branché sur un écran tactile 14” alimenté en 12V, une seule prise 220V disponible sur site ;
- aucun réseau garanti : le Pavillon se pose en extérieur comme en intérieur, souvent hors couverture WiFi ;
- jusqu’à 10 auditeurs simultanés sur casques professionnels de monitoring ;
- des publics de 8 à 88 ans, y compris malvoyants, malentendants et PMR : l’interface doit être comprise en trois secondes, sans médiateur ;
- une compagnie de 5 artistes, pas de service informatique : le catalogue doit vivre sans moi.
Chacune de ces lignes ferme une porte. « Aucun réseau garanti » élimine tout ce qui suppose un serveur distant, une API, un CDN, une police web chargée à la volée. « Comprise en trois secondes, sans médiateur » élimine les menus, les réglages, les tunnels de navigation. « Le catalogue doit vivre sans moi » élimine le back-office qu’il faudrait apprendre à administrer. Le bon livrable, ici, se dessine par soustraction : ce qui reste après avoir retiré tout ce que le terrain interdit.
L’approche choisie
Une application web locale — PHP, HTML, CSS, JS — servie sur le mini-PC et affichée dans un navigateur en plein écran. Le navigateur comme runtime, c’est le choix de la portabilité : multi-machines, multi-bibliothèques de contenus, aucune dépendance à un OS, et un fonctionnement 100 % hors ligne. Pas d’installeur natif à recompiler pour chaque machine : le navigateur s’ouvre en plein écran au démarrage de la machine, et le logiciel tourne. Un lancement manuel reste possible quand il faut — maintenance, test — mais sur le terrain, on allume, ça démarre tout seul.
Le point central, c’est l’autonomie du client par convention de nommage. La compagnie glisse-dépose ses fichiers dans des dossiers thématiques (lectures enfants / lectures adultes) : un audio et sa couverture portent le même nom — titre.mp3 = titre.jpg — et le logiciel reconstruit l’interface tout seul. À chaque chargement de page, le script relit le contenu des dossiers, apparie chaque piste audio à sa couverture par le nom de fichier, et génère la grille d’écoute à la volée : aucun scan de démarrage, aucun cache, aucune indexation. L’état de l’application, c’est le dossier lui-même — un fichier déposé apparaît au rafraîchissement suivant. Pas de base de données, pas de back-office, pas de formation, pas de maintenance récurrente. Le CMS, c’est l’explorateur de fichiers.
La règle de robustesse découle du même principe : l’audio fait foi. Une piste sans couverture entre quand même au catalogue, avec un visuel par défaut — une image manquante ne bloque jamais une écoute. Une image sans piste audio correspondante est simplement ignorée : les couvertures sont décoratives, jamais structurantes. Quant aux accents, le logiciel ne cherche pas à les rattraper — il suit les conventions de nommage du web, et la seule consigne donnée à la compagnie est de nommer ses fichiers sans accents. Une contrainte assumée plutôt qu’une couche de code fragile en plus.
En échange, la compagnie gagne quelque chose qui vaut beaucoup plus qu’un formulaire d’administration : elle n’a besoin de personne. Ajouter une lecture, c’est copier deux fichiers bien nommés dans le bon dossier. Retirer une lecture, c’est les supprimer. Le modèle mental tient en une phrase, et il ne s’oublie pas entre deux tournées.
Côté interface, tout est ramené à l’essentiel : de grandes vignettes tactiles, un contraste élevé, une cible de touche généreuse, une lecture qui démarre au premier appui. Rien à lire, rien à régler. C’est la contrainte « 8 à 88 ans, malvoyants et malentendants compris » qui pilote le design, pas l’inverse.
Développé avec l’IA, sans IA dedans
Ce projet date de janvier 2024 : mes débuts en développement assisté par IA, avant que ce soit le standard. L’IA a servi là où elle crée de la valeur — prototypage rapide de la logique d’appariement fichiers/couvertures, itérations d’interface, durcissement du code sur les cas tordus (pistes sans couverture, tri du catalogue, passage en plein écran). Un accélérateur de production, pas un décideur : l’architecture — navigateur comme runtime, convention de nommage comme CMS, zéro dépendance réseau — relève de choix qu’aucun prompt ne prend à votre place.
Et le livrable, lui, n’en contient pas une ligne. Une borne d’écoute hors ligne n’a besoin ni d’API, ni de cloud, ni de modèle embarqué : lui en coller un serait ajouter une dépendance réseau là où toute la valeur est justement de s’en passer. C’est devenu un principe chez Oramus, et c’est exactement l’inverse du réflexe marketing qui consiste à saupoudrer de l’« IA » sur la plaquette : l’IA comme accélérateur de production, la sobriété technique comme règle du livrable. Le meilleur usage de l’IA sur ce projet, c’est d’avoir aidé à livrer plus vite un objet qui n’en a pas besoin.
C’est aussi pour ça que ce dossier a sa place dans le hub : c’est le plus ancien, la preuve datée d’une méthode que je revendique aujourd’hui — ce que j’appelle ailleurs la pépite freelance, un artisan qui tient l’architecture et se sert de l’IA comme d’un exécutant, pas comme d’une béquille.
Ce que c’est devenu
Le Pavillon a été inauguré en juin 2024 et tourne depuis dans les structures culturelles du Vaucluse et au-delà. Le projet bénéficie du programme européen LEADER — financement porté par l’Union Européenne avec la Région Sud et le Département de Vaucluse, sous l’égide du Parc Naturel Régional du Mont-Ventoux. La compagnie décrit la prise en main de l’écran tactile comme « simple, hyper-intuitive et inclusive » dans son dossier de présentation. Pour un logiciel dont toute l’ambition était de disparaître derrière l’écoute, c’est le meilleur retour possible.
→ Découvrir le Pavillon des radiophoniques sur le site de la Compagnie Maâloum.
Un cas de terrain où le bon outil, c’est l’outil le plus sobre ? C’est exactement le type de projet dont on parle mieux de vive voix — et vous pouvez aussi parcourir les autres dossiers pour voir la même méthode appliquée ailleurs.